Quand une personne traverse un traumatisme ou une période de vie profondément éprouvante, elle peut avoir l’impression que tout son monde intérieur se réorganise autour de la souffrance. Les souvenirs douloureux prennent beaucoup de place, le corps reste en alerte, et peu à peu, le mode survie devient presque habituel.
Dans ce contexte, l’EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) peut être une approche précieuse. Elle permet de libérer certains souvenirs qui restent bloqués et contaminent le présent. Mais comme tout outil thérapeutique puissant, elle demande d’être utilisée avec prudence, discernement et dans un cadre sécurisant.
Dans ma pratique de praticienne certifiée en EMDR*. L’articulation entre l’EMDR et les pratiques narratives est centrale. Cette façon de travailler me semble particulièrement précieuse, car elle ne se centre pas uniquement sur la douleur ou sur le traumatisme.
Elle permet aussi de redonner de la place aux ressources, aux valeurs, aux souvenirs inspirants et à tout ce qui, chez la personne, continue à appartenir au monde de la vie.
Ne pas réduire une personne à ce qu’elle a vécu
Lorsqu’une personne a vécu un choc, une blessure émotionnelle ou une période très difficile, toute son histoire peut peu à peu se rétrécir autour de ce qui a fait souffrir. C’est une réalité fréquente : l’attention se fixe sur ce qui fait mal, sur ce qui déborde, sur ce qui reste en travers. Le mode survie prend alors beaucoup de place.
Or, une personne ne se résume jamais à ce qu’elle a subi.
Dans l’articulation entre l’EMDR et les pratiques narratives, il est essentiel d’aider la personne à se reconnecter aussi à ce qui la constitue profondément : ses valeurs, ses qualités, ses liens, ses expériences marquantes, et les moments où elle s’est sentie vivante, fière, libre, reliée ou pleinement elle-même.
Il peut s’agir de souvenirs très simples, mais très puissants : un anniversaire particulièrement heureux, un défi relevé plus jeune, un moment de joie, d’élan, de courage ou de liberté. Lorsque ces souvenirs reviennent, il se passe souvent quelque chose de très concret. Le visage s’éclaire, le souffle se libère, un sourire apparaît. Comme une bouffée d’air.
Ces moments ne sont pas secondaires dans le travail thérapeutique. Ils en font pleinement partie. Ils permettent de rassembler l’entièreté de la personne, de desserrer peu à peu l’emprise du mode survie, et de redonner de la place à tout ce qui, en elle, reste vivant.
Car derrière la souffrance, il y a toujours une personne avec une histoire plus vaste, une sensibilité, des repères, des attachements, et souvent déjà assez d’élan pour que la thérapie devienne un lieu de reconnexion plutôt qu’un lieu d’égarement.
Une approche davantage centrée sur les ressources
Associer l’EMDR aux pratiques narratives permet de ne pas aborder trop vite les souvenirs les plus douloureux. Avant d’aller vers ce qui a blessé, il est souvent essentiel de prendre le temps de reconnaître ce qui soutient, ce qui protège, ce qui inspire, et ce qui aide déjà la personne à tenir.
Cette manière de travailler ne consiste pas à minimiser la souffrance. Elle consiste à ne pas lui laisser toute la place.
En remettant au premier plan les ressources internes, les appuis relationnels, les valeurs et les souvenirs porteurs, on aide la personne à retrouver un sentiment de continuité intérieure. Elle n’est plus seulement en contact avec ce qui a été cassé ou débordé ; elle peut aussi retrouver le lien avec ce qui, en elle, a résisté, traversé, espéré ou tenu bon.
C’est souvent à partir de là que le travail thérapeutique devient plus juste. L’EMDR peut alors s’inscrire dans un accompagnement plus global, plus progressif et plus respectueux du rythme de la personne.
Un cadre plus sécurisant
L’un des intérêts majeurs de cette approche est qu’elle favorise un usage de l’EMDR plus prudent, plus contextualisé et plus sécurisant.
Quand une personne est encore très envahie, très dissociée, très fragile ou très coupée d’elle-même, aller trop vite vers le matériel traumatique peut être déstabilisant. Il est alors fondamental de ne pas faire de la technique un automatisme.
Le croisement avec les pratiques narratives aide justement à prendre ce temps nécessaire. Il permet de restaurer des repères, de renforcer le sentiment de sécurité, de remettre du sens dans l’histoire vécue, et de reconnecter la personne à des expériences où elle s’est sentie vivante et capable.
Autrement dit, il ne s’agit pas de “replonger” quelqu’un dans sa souffrance. Il s’agit de l’accompagner avec finesse, dans un cadre suffisamment solide pour que le travail thérapeutique puisse réellement soutenir une transformation.
Redonner à la personne une place d’auteure dans son histoire
Le traumatisme enferme souvent la personne dans une histoire dominée par la peur, l’impuissance, la honte ou la perte de repères. Peu à peu, elle peut finir par ne plus se percevoir qu’à travers ce qu’elle a traversé.
Les pratiques narratives offrent une autre voie. Elles permettent d’explorer non seulement les effets du problème, mais aussi les réponses de la personne, ses intentions, ses gestes de protection, ses fidélités, ses engagements, ses élans. Elles aident à faire émerger une histoire plus complète, plus digne, plus respirable.
L’EMDR, de son côté, peut aider à retraiter les souvenirs qui restent bloqués et qui empêchent de vivre plus librement dans le présent. Ensemble, ces deux approches permettent non seulement d’apaiser la charge émotionnelle, mais aussi de restaurer un sentiment d’identité plus vaste que le trauma.
La personne n’est alors plus seulement définie par ce qu’elle a subi. Elle peut peu à peu redevenir actrice, et parfois même auteure, de son histoire.
Une approche profondément humaine
Associer l’EMDR et les pratiques narratives, c’est faire le choix d’une approche thérapeutique qui reconnaît la souffrance sans y enfermer la personne. C’est prendre au sérieux les blessures vécues, tout en donnant toute leur place aux ressources, aux valeurs, aux liens, aux souvenirs inspirants et à ce qui demeure vivant.
Cette manière de travailler me semble profondément humaine. Elle rappelle qu’une thérapie ne consiste pas seulement à approcher la douleur, mais aussi à retrouver ce qui donne de l’air, du sens, du mouvement et de l’élan.
Car si certaines expériences enferment dans la survie, le travail thérapeutique peut aussi devenir un chemin de reconnexion à la vie.
Conclusion
L’association de l’EMDR et des pratiques narratives ouvre, selon moi, une voie particulièrement précieuse pour accompagner les personnes ayant vécu des expériences traumatiques ou profondément déstabilisantes.
En s’appuyant sur les ressources, les valeurs, les souvenirs inspirants et tout ce qui relie la personne à son élan de vie, cette approche permet d’inscrire l’EMDR dans un cadre plus ajusté, plus prudent et plus respectueux.
Dans un accompagnement thérapeutique, il ne s’agit pas seulement d’aller vers ce qui fait mal. Il s’agit aussi de retrouver ce qui soutient, ce qui relie, ce qui inspire, et ce qui, malgré tout, continue à faire vivre.
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*en EMDR et techniques associées par Hexafor